Etudes de cas

3 questions à notre Designer Adele Jamaux, FINALISTE du GRADUATE DESIGN AWARDS

Rédigé par 2 décembre 2018 Aucun commentaire

Adèle Jamaux
Designer & Program manager à la French Future Academy

Notre Designer & Program Manager : Adèle Jamaux est finaliste du Graduate Design Awards a concouru avec son projet de fin d'études MA’AN qui a pour but d'améliorer la vie dans les camps de réfugiés en Syrie.

Nous l’avons interviewé pour vous afin de vous faire découvrir son projet.

D’où vous est venu l’idée de ce projet qui met en avant la valeur ajoutée du design dans l’humanitaire?

Tout cela est partie du mémoire que j’ai écrit durant ma dernière année, qui fait écho à la recherche de compréhension du monde extérieur, de la société dans laquelle nous vivons et des comportements humains.

Je me suis ainsi posée la question « en quoi l’humain déshumanise-t-il l’humain ? ».Après plusieurs mois de lectures, d’observations, de réflexions, j’en ai conclu qu’au-delà des gens « bons » ou « mauvais », la société agit par appât du gain, allant jusqu’à déposséder des populations de leurs droits, dérégler l’écosystème planétaire et déclencher des guerres.

Pour sortir de cette spirale d’autodestruction, de petits groupes s’érigent, indépendamment des grandes organisations, et s’autogèrent en ne passant plus par les systèmes traditionnels. Ces personnes sont en recherche de paix, d’autonomie, de sens dans leur vie et pour les générations futures.

Quel est problème auquel vous avez voulu répondre?

Dans cette logique, je me suis demandée « comment, en tant que designer, puis-je créer des espaces de vies pour des personnes fuyant des pays en conflits ? ». Pour répondre à cette question,j’ai précisé mon cadre d’investigation, en me positionnant en Syrie car c’est un conflit engendrant une crise humanitaire sans précédent. De plus, de par sa médiatisation, il est très facile de trouver des analyses, des chiffres, et des spécialistes ou des personnes travaillant sur place ou des Syriens eux-mêmes. Cette guerre provoque des flux de mouvements de populations, qui sont quantifiables.

Chaque jour, selon le haut-commissariat aux réfugiés (UNHCR) c’est environ 9500 personnes qui quittent leur domicile, pour se réfugier dans une ville voisine. Une fuite en déclenche généralement plusieurs autres. Soit parce que le conflit se déplace en même temps que la population, soit parce que les conditions ne sont pas propices à la vie. Une personne en exil se déplace en moyenne à trois reprises. Au total, c’est plus de 6,5 millions de personnes, qui ont fui leur ville, alors considérées comme des déplacés internes.

L’UNHCR prédit aussi qu’en 2050, c’est plus de 1/3 de la population mondiale qui habitera dans des zones informelles (camps ou autres). Il est facilement prévisible que les guerres tout comme les catastrophes naturelles deviendront de plus en plus fréquentes et accélèreront ce phénomène.

Et comment le projet MA’AN répond à ce problème?

Le projet MA’AN (qui signifie point d’eau en arabe) s’implante sur des points d’eau présents dans des camps de réfugiés. MA’AN est un programme humanitaire sur mesure, c’est-à-dire qu’il se module et évolue en fonction du lieu dans lequel il s’implante, et permet de faire la transition entre le camp et la vie urbaine.

MA’AN prend l’aspect d’une place publique circulaire qui va permettre de créer des circulations naturelles qui vont progressivement réorganiser le plan du camp, de manière concentrique. Cette structure publique ouverte sur l’environnement du camp permet différentes fonctions telles que: un lieu ombragé pour se protéger du soleil, un lieu pour se protéger de la pluie et se rencontrer, un mobilier urbain pour discuter, débattre, et la végétalisation du centre de l’espace collectif afin d’apporter fraîcheur et agrément.

La place devient un repère citadin tel un phare. La vie collective et privée se réorganise, le lieu vit par l’appropriation de ses habitants. Toute la structure est réalisée en auto-construction supervisée. Cette auto-construction est possible par un apprentissage de savoir : la création de BTC (Bloc de terre comprimée). Le BTC que MA’AN se propose d’utiliser est en réalité de la BTCS c’est-à-dire de la brique de terre comprimée stabilisée avec 4% de ciment. Ajouter 4% de ciment à une brique de terre traditionnelle permet d’avoir les mêmes propriétés techniques qu’une brique de terre
cuite, sans être cuite. Cela offre un gain de temps, de moyens, mais aussi permet de ne pas consommer d’électricité ou de construire des fours (pour lesquels il faudra se fournir du combustible). Il faut simplement de la terre, du ciment, une presse et un peu d’eau. La terre et le ciment ne doivent pas être mélangés directement à l’eau, ce qui réduit considérablement la consommation d’eau lors de la production. Par une cure humide, le ciment va pouvoir « prendre » et agir chimiquement avec la terre. La cure humide dure environ 10 jours pour un séchage d’environ 2 semaines. Avec 26 BTCS au m2, on peut estimer la construction d’une maison d’environ 40 m2 à 1 mois sans intégrer au calcul la cure humide et le séchage.

Comme les habitants sont directement intégrés à la construction, ils vont acquérir les techniques de construction du BTC, qu’ils pourront réutiliser pour construire leur habitat privé qui actuellement est fait de toile. Il y a donc un intérêt commun à cette structure mais également personnel à travers cette reconstruction sociale et matérielle.

La gestion de l’eau dans l’architecture a été réfléchie afin de la préserver le plus possible. Il y a un principe de récupération des eaux pluviales par le toit végétalisé. Cette eau récupérée et naturellement filtrée par le substrat, peut-être directement consommée par des robinets situés aux pourtours de la structure. L’eau non consommée sera déversée dans les jardins afin de les entretenir et pour que l’eau en trop se réinfiltre dans le sol et alimente à nouveau la nappe phréatique où sera prélevée l’eau du puits. Grâce à ce procédé d’écoulement, il est possible de produire de l’énergie. Ainsi, il sera possible d’éclairer la structure la nuit par LED pendant quelques heures, afin qu’elle continue à agir comme un phare dans le camp, un repère, un lieu de refuge et de rencontre, un lieu qui rassure et qui vit.

Laissez un commentaire