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[Épisode 2 – Design thinking #NoBullshits] Pourquoi intégrer les sciences cognitives dans nos formations ?

Par 30 décembre 2019janvier 9th, 2020Aucun commentaire
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Nous te dévoilons une interview très très privée avec Jules Zimmermann, notre formateur en sciences cognitives et neurosciences sur notre Design Thinking Bootcamp (programme de formation pour les particuliers). Il te révèle les enjeux des sciences cognitives pour créer de nouvelles idées et dépasser les préjugés sur notre cerveau. Le chemin de Jules a croisé celui de la French Future Academy depuis le début de nos programmes pour les particuliers. 

FFA: Bonjour Jules, on entend souvent parler de sciences cognitives ou de neurosciences en innovation. Pourrais-tu nous expliquer ce que ce domaine représente précisément ?

J.Z: Les sciences cognitives étudient notre fonctionnement mental au croisement de plusieurs disciplines: par le comportement avec la psychologie cognitive, par l’imagerie cérébrale avec les neurosciences, de façon conceptuelle avec la psychologie de l’esprit, etc.

Puisque nous avons tous un cerveau, ces sciences nous concernent tous ! Mieux comprendre le fonctionnement de sa pensée permet de mieux s’en servir, c’est ce que l’on appelle la métacognition.
Par exemple, si je connais le fonctionnement cognitif de l’apprentissage, je peux mettre en place des stratégies d’apprentissage plus adaptées.

Il n’est pas toujours facile de trouver du contenu de qualité sur ces jeunes sciences. Beaucoup de mythes (que l’on appelle neuromythes) circulent, comme le fait que certains seraient plus cerveau droit et d’autres cerveau gauche.
Il est donc important de mieux diffuser ces connaissances. Cela passe en partie par accompagner les chercheurs, qui le souhaitent, à vulgariser eux-mêmes leurs travaux. C’est ce que Judith Lenglet propose à travers l’association Cog’Innov auquel j’ai participé pendant plusieurs années.

Mais cela passe également par des personnes qui ont un pied dans la théorie et un pied dans le terrain pour diffuser et mettre en application ces connaissances. C’est le positionnement que j’ai choisi.

FFA: Que faut-il savoir alors sur notre pensée pour devenir créatif ?

J.Z: Il y a beaucoup à dire.

Un premier élément est de prendre conscience que, la majorité du temps, notre pensée ne fonctionne pas de façon créative. Pour la majorité de nos actions, raisonnements et décisions, on s’appuie sur des routines mentales : des directions habituelles formées par la répétition. Ces routines sont essentielles, car elles nous permettent d’enchaîner de nombreuses actions rapidement et sans effort. Mais d’un autre côté, elles limitent notre créativité.

Pour penser de façon créative, il est nécessaire que notre pensée quitte ces sentiers battus. Pour y parvenir, on peut lui donner un petit coup de pouce. En plaçant notre pensée dans une position inhabituelle, elle a plus de chance de produire des réponses inhabituelles. C’est le principe à la base de nombreuses techniques de créativité.
Par exemple, on peut passer par l’absurde, ce que Edward de Bono, auteur américain de la créativité, appelle les provocations. Imaginons que vous travaillez sur l’organisation d’un événement et cherchiez des idées originales pour faire venir des participants. Une provocation consiste à inverser l’énoncé, ce qui peut donner « c’est l’événement qui vient aux gens ? ».

Cette phrase vous paraît probablement absurde à première vue. Or justement, la première étape de la pensée créative consiste à la prendre très au sérieux : Et pourquoi pas ? Qui sait quelles portes mentales, jusque-là invisibles, une proposition comme celle-là peut nous ouvrir ?
Cela vous inspirera peut-être un événement en ligne où les gens n’ont pas besoin de se déplacer. Ou encore un événement mobile, dans un bus par exemple, qui récupère les gens directement en bas de chez eux. Ou encore un événement qui se passe chez notre client : c’est le principe marketing des célèbres «réunions Tupperware» qui feront le succès de la marque.

FFA: Quelle place tient la créativité dans le processus de design thinking ?

J.Z: La créativité permet de ne pas se limiter aux solutions les plus habituelles pour envisager un panel plus large de réponses possibles. Pour y arriver, il faut s’éloigner temporairement de la réalité, faire émerger des nouvelles possibilités, puis ramener ces possibilités à la réalité. C’est ce que Guy Aznar, auteur français de la créativité, appelle le détour créatif.

C’est exactement ce qui a lieu dans un processus de design thinking : nous partons de la réalité par une immersion terrain et une rencontre avec les utilisateurs. Puis nous définissons un dysfonctionnement (un problème) et le traduisons en défi. Vient alors la créativité, qui va permettre de s’éloigner des réponses les plus évidentes au défi formulé. Puis, une fois un large panel de réponses possibles envisagées, il faudra ramener ces idées aux contraintes du réel. Cela consistera d’abord à les trier pour formuler une réponse cohérente plus concrète. Puis de mettre en forme un premier prototype. Et enfin, de tester ce prototype auprès des utilisateurs.

FFA: Quelles sont les erreurs à éviter lors d’une séance de créativité ?

J.Z: La créativité ne se limite pas à la créativité collective ni aux ateliers de créativité. Mais l’atelier de créativité est un moyen de structurer et d’intensifier une réflexion. Cela peut aussi constituer un moyen pédagogique pour initier des personnes qui n’ont pas l’habitude de penser de cette façon.

Un atelier collectif, quand il se passe bien, donne beaucoup d’énergie aux participants et leur permet de se dépasser. Mais si vous perdez le participant, car il ne se sent plus aligné avec la démarche, il risque de se mettre en retrait et faire le minimum.

Pour éviter de perdre un participant, voici les conseils de base :

  • Après avoir énoncé clairement le défi de la séance de créativité, assurez-vous que tout le monde est aligné avec ce défi. Si certains en ont une autre vision, vous pouvez en débattre collectivement.
  • Soyez clair dans vos attentes et dans les étapes qui suivront cette séance.
  • Faites circuler la parole pour que tout le monde s’exprime. Porter une véritable attention à chaque proposition.
  • Et enfin, éviter les jugements négatifs des idées, qui risquent de démotiver les participants à émettre des propositions audacieuses.

Qui est Jules Zimmermann ?

Jules est issu d’un master en sciences cognitives à l’École Normale Supérieure, durant lequel il s’est passionné pour les mécanismes cognitifs de la créativité. Par la suite, il s’est formé aux méthodes utilisées dans les entreprises et a animé de nombreux ateliers.

« Mon travail consiste aujourd’hui à développer une approche moderne et démystifiée de la créativité en croisant connaissances scientifiques et approches méthodologiques. » Jules.

En effet, il est convaincu qu’une approche uniquement centrée sur l’organisation d’ateliers ponctuels est insuffisante pour faire de la créativité une véritable compétence professionnelle. Il défend l’importance de développer une vraie pédagogie, qui rende chaque individu autonome.
Son métier n’est ni celui du chercheur (qui produit ses recherches) ni celui de l’expert (spécialiste d’un sujet très précis). Son rôle est de me former une vision d’ensemble et de prendre position pour proposer une voie, et construire des contenus pédagogiques pour la diffuser.

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